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Il
fut un temps où j'avais sur la chanson
cette phrase acidulée :
"Un
art mineur destiné aux mineures".
Qu'on le prenne comme l'on veut, quant à
moi qui ne trouve dans cette définition
absolument rien de blessant pour qui que ce
soit, exception faite pour moi-même, je
resterai sur ma position, car a-t-on besoin
d'être initié dans une discipline
qui n'en connaît aucune ? Je dis que tout
art qui se peut aborder sans initiation préalable
ne peut être qu'un art mineur, et se pourrait-il
que l'on puisse approcher et décrypter
Paul Klee sans avoir connu et compris ("comprendre,
c'est egaler",
disait Raphaël) Fra Angelico, Mantegna,
Delacroix, Manet, Cézanne, Juan Gris
et Max Ernst ?
Et comment comprendrait-on Francis Bacon sans
avoir étudié Paul Klee ?
Une fois subie l'initiation, à chacun
de trouver son style et sa voie et de s'assurer
s'il y a lieu de son génie. Il en est
de même pour l'approche de Rimbaud, Alban
Berg et Le Corbusier. Or, dans un art mineur
comme le mien, il nous suffira de viser juste
de l'oeil qui nous reste, roi chez les aveugles,
bien sûr, que sont les autres, et faire
mouche. Ainsi voulais-je dire que les tireurs
d'élite n'auront jamais que du talent
tandis que le génie visionnaire, ignorant
les cibles immediates et autres disques d'or
et pointant son arc vers le ciel selon les lois
d'une balistique implacable, ira percer au coeur
les générations futures.
Je me suis laissé dire que Marlon Brando
se mettait des boules Quiès pour ne point
entendre les répliques de ses partenaires
et qu'ainsi, totalement isolé et tétanisé
par son auto-admiration, son jeu y gagnait en
intensité dramatique.
Peut-être devrais-je en faire autant.
Mais
comment savoir alors si je plais toujours aux
mineures ?
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