Serge Gainsbourg Interview, 1965

Interview, 1965

 

Interrogé sur sa vie quotidienne...

Il n’y a pas d’obligations étant donné que j’ai une profession libérale.

Quelqu’un va au bureau, à six heures il est libre, moi à six heures je ne suis pas libre, je suis libre toute la journée ce qui fait que je ne suis jamais libre. A deux heures du matin ou à quatre heures quand je ferme les yeux, je suis obsédé par les airs qui viennent me hanter.

Ça c’est moche, faut essayer de ne pas se laisser avoir. C’est monstrueux ce métier ! Je pianote un petit machin, je vais en Yougoslavie, on me le ressort en yougoslave à la radio. Je pianote un autre truc, "La javanaise", je regarde un reportage en direct sur la première traversée du France et j’entends "J’avoue j’en ai bavé pas vous..." : c’est Juliette Gréco à l’inauguration du France !

Et moi je suis devant mon piano, ça me revient comme un boomerang !

Ce côté-là, ce côté démentiel a tendance à bouffer l’être humain, si celui-ci n’a pas la tête sur les épaules.