A la fin de
l’année il offre à Jane
Ballade
de Johnny Jane puis en 1977, il
est contacté par Alain Chamfort qui
veut casser son image de chanteur à
minettes lié à Claude François,
et après quelques hésitations,
poussé par Jane, il lui écrit
l'histoire de Baby
Lou, reprise plus tard par Lio, puis
par Jane.
Il a alors deux gros chantiers : huit chansons
pour le nouveau spectacle de Zizi Jeanmaire,
et l’album Ex-fan
des sixties, pour Jane, une réussite
complète.
Serge accepte
de signer des bandes originales de film, tel
Sea
Sex And Sun repris par Patrice
Leconte pour le film Les
bronzés il atteint le 4ème
rang du Hit Parade et pulvérise les
records de vente. C'est à cette période
qu'il est contacté par le groupe de
rock français Bijou, avec lequel il
chantera 2 deux titres à Epernay et
découvrira, à cette occasion,
et avec émotion, combien la jeune génération
continue à l'aimer.
Pour la première
fois, au mois de mai 1979, Serge se retrouve
N°1 du hi-parade de R.T.L. avec Aux
armes et caetera qu'il a enregistré
en Jamaïque.
Il a contacté les I Threes, choristes
des Wailers, par l'intermédiaire de
la maison de disques de Bob Marley, ainsi
que Sly Dunbar et Robbie Shakespeare (batteur
et bassiste).
"Le meilleur
album reggae fait par un non-Jamaïcain",
avait dit Sly Dunbar.
La promotion
du nouvel album a démarré le
1er avril dans l'émission Top Club
dimanche, puis de nombreuses invitations dans
diverses émissions de télévision
se sont enchaînées.
C'est un tube gigantesque au printemps 1979,
au point qu'il parvient aux oreilles de l'éditorialiste
Michel Droit, qui rédige alors un texte
méprisant et fielleux dans Le Figaro
Magazine, sur ce qu'il nomme :
"l'odieuse
chienlit […] une profanation pure et
simple de [...] ce que nous avons de plus
sacré". "Quand je vois apparaître
Serge Gainsbourg je me sens devenir écologiste.
Comprenez par là que je me trouve aussitôt
en état de défense contre une
sorte de pollution ambiante qui me semble
émaner spontanément de sa personne
et de son oeuvre, comme de certains tuyaux
d'échappement...".
La polémique
est lancée .
Deux semaines
plus tard, Gainsbourg lui répond dans
Le Matin Dimanche :
"Peut-être
Droit, journaliste, homme de lettres, de cinq
dirons-nous, […] croisé de guerre
39-45 et croix de la Légion d'honneur
dite étoile des braves, apprécierait-il
que je mette à nouveau celle de David
que l'on me somma d'arborer en juin 1942 noir
sur jaune et ainsi, après avoir été
relégué dans mon ghetto par
la milice, devrais-je y retourner, poussé
cette fois par un ancien néo-combattant
? …".
Jane, peinée,
a elle aussi réagit au texte nauséabond,
et a pris la peine d'écrire à
Michel Droit, au sujet duquel Serge propage
son aphorisme assassin :
"On n'a
pas le con d'être aussi droit".
En gros, l'éditorialiste,
révolté par le traitement infligé
à l'hymne de la nation, dérape
dangereusement et insinue, que Gainsbourg
joue un mauvais tour à ses "coreligionnaires"
et risque de faire renaître un antisémitisme
toujours rampant en bavant sur les vers de
Rouget de Lisle.
En septembre
de la même année
"L'affaire de la Marseillaise"
prend de l'ampleur, lorsqu'une séance
de dédicace de son disque à
la foire internationale de Marseille est annulée
sous la pression conjointe des associations
d'anciens combattants et de l'Union Nationale
des parachutistes (UNP). La section marseillaise
de l'UNP annonce même son intention
d'interdire la vente du disque dans la ville.
Début janvier 1980 Serge doit chanter
à Strasbourg, les paras, épaulés
par la Fédération nationale
des anciens combattants en Algérie
Maroc et Tunisie, menacent d'intervenir physiquement.
Le 4 janvier,
la mise en place du matériel se passe
sans problèmes, dès 19 heures,
le public est entré ainsi qu'une soixantaine
de paras. Ils ont pour intention d'intervenir
dès que Gainsbourg attaquera la Marseillaise.
En ville, le Holiday Inn où étaient
installés les musiciens est évacué
pour cause d'alerte à la bombe, les
rastas commencent à paniquer sérieusement,
ils se réfugient dans leur bus, Serge
se retrouve seul et il décide alors
de monter sur scène… et de chanter
la vraie Marseillaise.
Incroyable spectacle, les paras se lèvent
et se mettent au garde-à-vous, même
la salle se met à chanter…
Le lendemain,
à Bruxelles, Serge est assailli par
les reporters, les images de la veille sont
diffusées à la télé,
on le voit enragé, bouleversé,
le poing levé, gueulant :
"Je suis un insoumis ! Qui a redonné
à la Marseillaise son sens initial
!".