Le 15 mai 1973,
il a 45 ans, Serge bénéficie
de son premier sursis, première crise
cardiaque :
"Si elle
est irréversible, (la maladie) je ne
supporte pas. Je n'aime pas l'univers
carcéral des hôpitaux et cliniques
de luxe. Je me démerderai pour abréger
l'affaire."
Mais
vous savez bien que "l'homme
est le seul animal sur cette terre qui sait
qu'il va mourir et j'ai eu pas
mal de sursis dans ma vie".
Il parvient
à s'abstenir d'alcool et
de tabac pendant les six à huit semaines
qui suivent son hospitalisation... pas plus.
Sent-il que l'étau ne va pas
tarder à se resserrer?
Dans un entretien
accordé à Michel Lancelot au
mois de septembre, il fait le point :
"Quand tout va mal il faut chanter l'amour,
le bel amour et quand tout va bien chantons
les ruptures et les atrocités. Elle
est la fille que j'attendais. Ça
ne s'est pas su comme ça au départ,
il y a eu une mutation en moi. Je pense qu'elle
est la dernière, si elle me quitte…
J'aime cette fille, je peux le dire,
j'ai jamais dit ça de personne.
[…] J'avais quelques amis, j'en
aurai un peu moins. Je deviens un peu plus
difficile. J'étais déjà
misogyne, je deviens misanthrope. Vous voyez,
il ne me reste pas grand chose, mais il me
reste des choses essentielles comme mes enfants,
ma femme et la création. Ça
continue. Avec l'esprit plus lucide
et les mains qui ne tremblent plus, enfin
presque plus. L'apport de l'alcool
et du tabac sur l'intellect, pour moi,
c'était très nocif. J'étais
tellement saturé que je restais des
nuits entières sans rien trouver. J'allais
assez vite… donc j'ai vu beaucoup
de paysages défiler mais j'ai
accroché un platane, alors maintenant
je sais que je suis légèrement
blessé au cœur, j'espère
que c'est pas très grave, que
je pourrai survivre".
Fin septembre,
il enregistre Vu
de l'exterieur :
"je voulais être destroy sur la
chanson d'amour mais en filigrane on
comprend que la petite, je l'aime…
je n'ose pas le dire parce que je suis
un garçon extrêmement décent.
En fait je suis indécent par ma décence".
En avril 1974,
pour la première et dernière
fois de sa vie, Serge appose sa signature
sur un appel à voter pour un candidat,
en l'occurrence : Giscard d'Estaing.
"Si j'ai
soutenu Giscard, dira-t-il un an plus tard,
c'est pour des raisons avouables. Je
n'ai aucune sympathie pour Mitterrand.
Il s'est mouillé dans le passé
dans des positions trop équivoques
[…] Depuis longtemps, j'avais
repéré Giscard d'Estaing
comme un homme intègre et brillant.
C'est tout… Je dois ajouter qu'il
y avait pas mal de provocation volontaire
dans mon choix, chose que je n'avais
plus faite depuis longtemps".
Puis il avouera
plus tard : "Ben… j'ai
fait une connerie. Je trouvais que Giscard
était un bon ministre des Finances,
un très bon lieutenant-colonel. Il
s'est avéré qu'il
était un piètre général".