1959 est marquée
par sa rencontre avec Boris Vian et Juliette
Gréco. A propos de sa laideur,
elle dira de lui :
"Moi, à
l'époque je disais qu'il
était beau. Je le trouvais beau. Ce
qui m'a plu dans ses chansons, c'est
lui.C'est un homme passionnant, séduisant,
d'une grande tendresse. […] Il
a eu une revanche exemplaire qu'il méritait
grandement. Mais il en est quand même
mort, de ce non-amour de départ".
Elle
s'intéresse à ses compositions
et se trouve désignée pour lui
remettre le grand prix du disque de l'Académie
Charles Cros, le 14 mars. Malgré
cette distinction, et l'enregistrement
d'un deuxième album chez Philips,
le succès se fait attendre.
A partir de Mars il entame une tournée
en province et en Italie, toujours avec "Opus
109", qui sera un bide complet. Ses compagnons,
Brel, Béart, Simone Langlois découvriront
Rome, Florence, et l'histoire de la
peinture, grâce à lui, guidés
par son érudition, et sa passion pour
cet art "majeur".
Au printemps
il enregistre son 2ème album, Claqueur
de doigt, avec Alain Goraguer et
son orchestre. Sur la pochette, on le voit
prêt à tout, avec à portée
de main, un bouquet de roses et un pistolet.
"Celles
à qui plairont mes chansons je leur
envoie des fleurs, dans le cas inverse je
fais marcher le pétard", précisent
les notes de pochette, et le succès
se fait attendre...
D'autant
que Boris Vian, mort brutalement en 59 à
l'age de 39 ans, n'est plus là
pour le défendre. Le journal La France
se plaint :
"Il a une voix agressive. Serge Gainsbourg
est né sous le signe du bélier,
toutes ses chansons attaquent, étonnent,
scandalisent, font mal. […] (il) chante
non pour le public mais contre le public".
En septembre
Gainsbourg croise Brigitte
Bardot en participant au tournage
du film : Voulez-vous
danser avec moi ? Il avait été
choisi pour son physique grâce à
la pochette de son disque.
"Il était dans le film exactement
comme dans la vie. Même attitude, même
manière de parler : son personnage
un peu flou et dégingandé convenait
tout à fait à ce qu'on
cherchait".
(Jacques Poitrenaud)
Son premier
succès L'eau
à la bouche sort en janvier
1960 avec 100.000 exemplaires vendus.
Il n'abandonne pas pour autant le circuit
des cabarets, son vieil ami Jacob Pakciarz
décrit son comportement scénique
avec une grande attention :
"Serge
commence à chanter et par moments j'ai
l'impression qu'il devient aphasique.
Je m'en faisais pour lui parce que je
l'aimais bien… Dans son tour de
chant, il y avait des blancs, des temps morts,
comme nous en avons tous, mais un peu trop
lourds, un peu trop lents, et je m'angoissais,
je me demandais : "Mais est-ce qu'il
va continuer ?"
Toute la nature de Serge est dans ces silences,
je revoyais Lucien, le garçon que j'avais
connu quand il avait vingt ans, à l'académie
Montmartre, à qui il fallait arracher
trois mots dans la journée. Ce style
chuchoté, ce volume de voix à
minima et à la limite du non-dit…
Toute sa nature psychopathologique est là,
dans ce désir de s'exprimer mais
en retenant les choses, et en les lâchant
par bribes, comme s'il concédait
sa parole, du bout des lèvres, par
opposition aux voix viscérales qui
viennent des tripes et qui sont très
populaires".
Heureusement on commence à l'apercevoir
à la télévision de temps
en temps.