Ses premières
chansons, Serge les composera vers l'age de
22 ans quand il occupe la fonction "d'éducateur"
pour les enfants juifs et les jeunes rescapés
des camps nazis, au centre de Champsfleur.
Venu là dans un
but purement alimentaire, il se prend au jeu,
fait dessiner les enfants, leur fait des tours
de magie, s'occupe de la chorale, il se montre
doué pour captiver les jeunes pensionnaires.
Il organise des veillées où
il s'accompagne à la guitare et chante
des chansons qu'il a lui-même
composées.
En 1952 il recommence
le circuit des boites et des bals, il s'éloigne
de la peinture, se fait du "blé"
en coloriant des photos noir et blanc pour
les entrées de cinéma (1 Franc
la photo) et peint des fleurs sur les meubles
anciens pour en faire de faux Louis XIII…
Joseph voit tous ses espoirs s'effondrer.
Pendant
les vacances de Pâques 1954 il est engagé
comme pianiste d'ambiance au Touquet,
il verra son contrat renouvelé l'année
suivante. C'est là qu'il
rencontrera son futur arrangeur, Alain
Goraguer.
En septembre
il est embauché au cabaret Madame Arthur
(cabaret fameux pour ses travestis) comme
pianiste et chef d'orchestre puis son
père lui décroche un autre engagement
au Milord
l'Arsouille.
Un soir, il y rencontre Boris
Vian :
"C'est
en l'entendant que je me suis dit :
je peux faire quelque chose de cet art mineur
?".
"Je pense
que Serge et Boris sont frères quelque
part : une même violence, une même
retenue, un même mystère. Frères
dans la dérision, la cruauté
et la tendresse." dira
Juliette Greco.
"Ce coup là,
je change de nom. Lucien commençait
à me gonfler, je voyais partout "Chez
Lucien coiffeur pour hommes", "Lucien,
coiffeur pour dames". […] Sur le
moment, Serge m'a paru bien, ça
sonnait russe; quant au 'a' et au 'o' rajoutés
à Ginsburg, c'est en souvenir
de ces profs de lycée qui écorchaient
mon nom…".
Il ne supportait plus son prénom,
mais ne voulait pas pour autant renié
ses origines, finalement il opte pour "Serge"
(comme Serge Diaghilev, Serge Lifar), mais
il conserve une grande similitude pour son
nom, dans le but plus ou moins inconscient
de ne trahir ses parents qu'à
demi.
"J'ai l'âme d'un
déraciné slave enraciné
ailleurs".