Les résultats
scolaires de Lucien à partir de la
1ère deviennent désastreux.
Ainsi, malgré la peine et la déception
causée à ses parents, il ne
passera jamais son bac, à 17 ans il
interrompt ses études, et probablement
sous la douce et ferme pression de maman Olia,
il s'inscrit en Archi aux Beaux Arts...
Mais au bout de deux ans, complètement
largué en math, il abandonne l'archi
et se consacre à la peinture. Il peint
dans sa chambre mansardée, toujours
à la recherche de la perfection, jamais
satisfait de lui-même. Ses modèles
sont Bonnard, Cézanne, André
Lhote, Delacroix, Le Titien, Géricault,
et surtout Courbet. Il apprécie les
couleurs claires, très estompées.
Sa peinture est fine et vaporeuse. Pour se
faire quelques sous il gratte la guitare le
samedi soir, dans les bals, les dancings,
les noces, il est très influencé
par Django
Reinhardt.
Au printemps
47, à l'académie Léger,
il rencontre celle qu'il épousera en
1951, Elisabeth Levitsky. Elle est belle sophistiquée,
mannequin de mode, fille d'aristocrates russes
immigrés.
Le fantassin
de deuxième classe Ginsburg a du mal
a supporter la discipline militaire. Pour
avoir fait le mur et désobéi
il se retrouve en prison pendant trois mois.
Cet appel sous les drapeaux en novembre 1948
lui donne l'occasion de prendre goût
aux vertus décomplexantes et dés-inhibitrices
de l'alcool mais il connaîtra là
de grands moments de désespoir, ne
supportant pas la promiscuité il songe
à déserter et souffre de cet
univers clos et rustique.
Enfin le 14
novembre 1949 le calvaire s'achève,
fin du service militaire, retour à
la vie civile et à la peinture, la
dèche est permanente. Il en bave, mais
il est amoureux et il peint.
Il reprend les concerts avec sa guitare :
"Mon père
voulait que je continue la peinture. Seulement
un jour, il me dit: "C'est bien joli
tout ça, mais il faut maintenant que
tu gagnes ta vie". Alors je me suis mis
un peu à bosser la guitare sèche.
[…]
Mon père me trouvait ce qu'on appelait
des cachets".
Il abandonne
peu à peu ses pinceaux :
"La peinture m'a marqué. J'avais
trouvé là un art majeur qui
m'équilibrait intellectuellement. La
chanson et la gloire m'ont déséquilibré.
J'étais heureux avec la peinture, [je
m’en veux tant] d'avoir eu la lâcheté
d'abandonner…[…] J'étais
quand même assez doué, on m'avait
prédit une carrière fulgurante
en peinture et je n'y croyais pas. Je détruisais
mes toiles, je n'ai plus rien… Mon regret
c'est de ne pas avoir vécu les époques
surréaliste et dadaïste, c'était
trop tard…".